Le Pavillon Ledoyen à Paris

Les peintres et leurs épouses de James Tissot (1895)

Après la villa de Landru, passons sans transition au Temple de la gastronomie parisienne, le célèbre restaurant Ledoyen. Située dans le triangle d’or de la capitale, cette table devenue mythique est au début de la Révolution française une modeste auberge tenue par la famille Desmazure et fréquentée par des aristocrates qui avaient encore la tête sur les épaules…En 1792, Antoine Nicolas Doyen, dit Ledoyen, reprend les commandes de cet établissement et inaugure le premier service à la carte, parvenant ainsi à s’attirer une nouvelle clientèle composée de députés de la Convention.

Malheureusement, celle-ci sera toute aussi éphémère pour cause de Terreur et de réaction thermidorienne ! Le calme revenu et « la Louisette » remisée au placard, l’établissement attire à nouveau une clientèle fortunée mais moins de têtes couronnées…Il change ensuite à plusieurs reprises de maître des lieux et, autour des années 1850 sous l’impulsion de l’architecte Jacques Hittorff, s’installe finalement à son emplacement actuel, situé dans le carré du Géorama, dans un ancien établissement appartenant à un traiteur.

Pour l’anecdote, le Géorama, œuvre de Charles-Auguste Guérin, était une attraction touristique, en vogue à l’époque, en forme de sphère de 32 m de circonférence qui permettait depuis l’intérieur de découvrir le globe terrestre. Finalement, les parisiens la boudèrent et elle disparue très vite.
L’auberge déjà réputée laisse la place au Pavillon actuel qui est conçu dans un style néo-classique. Quelques années plus tard, Arthur Millon, entrepreneur-restaurateur doué et, par ailleurs, gendre du gérant de l’époque, se voit confier les rennes de l’entreprise qu’il va conduire de main de maître. Le lieu devient très vite le rendez-vous de la bonne société et de nombreux artistes peintres y puiseront leur inspiration.

Au début du 20e siècle, c’est son gendre Albert Kieffer qui prend la relève. Suivent ensuite plusieurs grands chefs , dont Ghislaine Arabian, seule femme détentrice à l’époque de 2 étoiles au Michelin et Christian Le Squer, autre grand nom de la cuisine gastronomique.
En 2014, Yannick Alléno , chef étoilé, reprend la concession du Pavillon Ledoyen, alors en difficultés financières. Sous sa baguette, cette vénérable institution entreprend une véritable cure de jouvence et revisite les recettes d’hier et d’aujourd’hui en conjuguant exigence, patrimoine et créativité. Ce francilien d’origine ouvre en parallèle au sein du Pavillon Ledoyen deux autres concepts restaurants : le PavYllon, un comptoir gastronomique et L’Abysse, un comptoir à sushis.

Pour marquer l’ouverture de L’Abysse, il fait appel à l’artiste japonais Tadashi Kawamata qui appose sur l’entrée principale du restaurant une œuvre architecturale à base de 80 000 baguettes ! 6 ans après sa prise en main de l’institution, son pari est gagné. Yannick Alléno s’est en effet vu récompenser de 6 étoiles au Michelin pour ses trois établissements des Champs-Elysées. Une première dans le cercle très fermé des grandes maisons indépendantes.

L’entrée principale du restaurant du Pavillon Ledoyen et sa structure architecturale à base de 80 000 baguettes, œuvre de l’artiste japonais Tadashi Kawamata

Si le Pavillon Ledoyen a inspiré nombre d’artistes, le 7 eme art s’en est également emparé. Outre Prêt-à-porter de Robert Altman, on retiendra Le Grand Restaurant où Louis de Funès qui porta le projet, incarne Monsieur Septime, le directeur d’un restaurant gastronomique embarqué malgré lui dans une affaire d’état un peu tirée par les cheveux… Ce fut un des plus gros succès du cinéma français malgré une critique mitigée.

La bande-annonce du film « Le Grand Restaurant » de Jacques Besnard (1966). Seuls les extérieurs servirent de décor au film. Les décors intérieurs furent reconstruit à l’identique dans les studios de La Gaumont.

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